Chansons rares, les perles du net et du CD1982 marque une date pour les « archéologues » de la pop music28 mars 2010 Daniel Lesueur
BEATLES à la B.B.C. - APPLE
Le show business n’est pas constitué de philanthropes, loin de là ! Les collectionneurs d’enregistrements rares de musique populaire ne constituaient pas, a priori, un marché juteux. Quel intérêt, dès lors, d’aller fouiller dans des tonnes d’archives (souvent mal conservées) pour retrouver des documents dont la publication sur vinyl n’aurait rapporté qu’une poignée de dollars ? En revanche, le CD, lui, s’avérait beaucoup plus rentable. C’est ainsi qu’à partir de son lancement en 1982, les « majors » et même les petits labels se lancèrent dans une vaste opération, non seulement de réédition de disques rares et épuisés, mais également dans la publication de documents jusqu’alors inédits. Et, dans la foulée, vu le succès de ces CD, la publication de documents audio se poursuivit en vidéo sur DVD. Une aubaine pour les collectionneurs qui avaient enfin accès (à prix abordable) à des chansons que l’on croyait à jamais disparues. Les Beatles, grands bénéficiaires de ce lifting.Les Beatles, encore inconnus, se produisirent pour la première fois à la B.B.C. en mars 1962 puis ensuite régulièrement pendant plus de deux ans. Certains de ces enregistrements, captés à la sauvette, circulaient sur disques pirates . De mars 1962 à juin 1965 (dates de diffusion), les Beatles furent présents dans 52 émissions de la B.B.C., interprétant un total de 88 chansons, dont 36 ne faisant pas partie de leur répertoire discographique. On imagine que les Beatles se prêtaient de bon coeur aux performances radiophoniques, car c'était pour eux l'occasion d'interpréter d'autres titres que ceux qu'ils avaient joué, certainement de nombreuses fois, sur scène et en studio au cours des semaines passées. Ces "semi" inédits sont pour la plupart des titres de rock'n'roll, empruntés aux répertoires de Chuck Berry, Little Richard, Carl Perkins et Elvis Presley. Rapidement, cependant, la renommée des Beatles les obligea à espacer leurs visites à la B.B.C. "Pop go the Beatles" prend fin en 1963. "From us to you", qui prend la relève, est beaucoup moins fréquent : à Noël 1963, à Pâques 1964 et pour quelques autres rares occasions. L'expérience prit fin le 26 mai 1965 (date de l'enregistrement) : les Beatles pouvaient-ils continuer à travailler, en mono, avec des fonctionnairesayant toujours l'oeil rivé sur la pendule, alors que dans leurs studios d'Abbey Road ils travaillaient sur multipistes, passant parfois une partie de la nuit à rechercher "le"son dont ils voulaient parer l'un de leurs titres ? Quoi qu'il en soit, les shows de la B.B.C. sont dignes d'intérêt. Ils virent enfin le jour en 1994 !Les chansons figurent sur l'album "Live at the B.B.C." et le EP "Baby It's You", offrant un total de 59 titres (dont 25 n'avaient jusqu'alors jamais figuré sur aucun de leurs disques). Cette parution, que l'on aurait pu croire anecdotique, eut un succès populaire colossal. Un 60ème titre fut publié moins de deux ans plus tard sur "Anthology vol.1". Le plus ancien enregistrement figurant sur "Live at the BBC" remonte à avril 1963. La "Beeb" avait-elle soigneusement conservétoutes les précieuses bandes, dont la première remonte à mars 1962 ? On prétend que certaines avaient été effacées et qu'il fallut faire appel à des documents détenus par des collectionneurs. Cela n'est pas impossible, dans la mesure où plusieurs grands collectionneurs assurent avoir entendu, sur disque pirate, des enregistrements d'une meilleure qualité. Quoi qu'il en soit, tout est en mono. Bob Dylan et ses bootleg seriesIl s’agit d’un disque pirate constitué d’enregistrements inédits. Bob Dylan en fut le première victime dès 1970 avec le célèbre « Great White Wonder » Pas fou, Dylan entreprit de publier pour son compte (et pour celui de sa maison de disque Columbia) ces enregistrements d’un formidable intérêt artistique. A l’heure où nous publions ces lignes, Dylan a sorti, de manière chronologique, huit volumes de ces archives (certains sont même des doubles et des triples CD). Vint ensuite le DVDGrâce au DVD, il devenait rentable, pour des centaines de chaînes de télévision, d’aller dépoussiérer leurs caisses d’archives. C’est ainsi que nous pouvons aujourd’hui, pour quelques euros, pour quelques dollars, visionner, sur notre téléviseur ou sur notre ordinateur grâce à You Tube, des prestations rarissimes d’artistes que l’on croyait oubliés à jamais. Les exemples sont légion ; citons la merveilleuse Ketty Lester, totalement inconnue en France, dont la chanson « Love letters » fut pourtant un énorme succès outre-Atlantique en 1962 au point d’être réenregistrée en 1966 par Elvis presley. Et nous ne sommes qu’au début de nos trouvailles… « pop » archéologiques ! Tous droits réservés Daniel Lesueur. Demandez l'autorisation de l'auteur avant toute reproduction sur Internet ou dans la presse traditionnelle.
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