Histoire de l'étiquette du champagne

Les débuts des inscriptions sur les bouteilles du roi des vins

2 déc. 2009 Alexandre Verguet

Champagne Impérial - Champagne Mumm
Champagne Impérial - Champagne Mumm
Manuscrites puis imprimées, les étiquettes parlent du champagne. Leur apparition sur les bouteilles est une véritable aventure.

A la fin du XVIIe siècle, la bouteille n’était admise que pour la vente au détail, l’arrêt de la Cour des Aides de 1675 ayant interdit le transport " d’aucun vin en bouteille, cruches et barils ".

L’arrêt du Conseil d’Etat du 25 mai 1728, permettant " de faire passer par la Normandie du vin de Champagne gris et rouge et de tout autre crû et qualité en paniers de cinquante ou de cent bouteilles... pour être embarqués pour l’étranger " fut le premier acte qui permit de développer, très modestement encore la circulation des vins de Champagne en bouteilles. C’est à ce moment que se fit jour la nécessité d’indiquer sur les flacons la provenance et la qualité du vin.

(Godinot, Manière de cultiver la vigne), on appose sur la cire qui recouvre à l’époque le bouchon et la ficelle qui le maintient, un cachet figurant un chiffre ou des armoiries. Certains grands seigneurs et acheteurs fortunés commandent des bouteilles dont le flanc porte un cachet de verre à leurs armes.

" Afin qu’on ne puisse pas changer le vin ni le flacon et qu’on soit sûr de l’envoi et de la fidélité des domestiques "

Etiquettes manuscrites

Au milieu du XVIIIe siècle apparaissent les premières étiquettes manuscrites, encore très laconiques. L’extrême fin de siècle voit les premières étiquettes imprimées décrites par le commandant Quenaidit en 1911 (Mes campagnes en Champagne) comme des passe-partout sans inscription et ornés d’un cadre formé d’éléments de plantes comme la plupart des étiquettes de pharmacie, au centre on voit inscrit à la main l’année et le lieu d’origine.

L’invention de la lithographie par Senefelder en 1799 et son perfectionnement au début du XIXe siècle, en facilitant la reproduction des dessins les plus raffinés et les plus exubérants, sont à l’origine de l’essor de l’étiquette et font la part belle à l’invention artistique.

La simplicité est d’abord de rigueur. Les premières étiquettes véritables, semblables à celles de notre époque, sont employées vers 1820 par plusieurs négociants champenois. Seuls quelques modèles standard, déjà utilisés pour d’autres vins, sortent des presses des imprimeurs. Le client souhaitant recevoir des bouteilles avec étiquette doit le signaler à la commande et payer un supplément de prix !

Efforts décoratifs

Les recherches décoratives s’accentuent, entrelaçant dentelles, palmettes et guirlandes, grappes et feuilles d’acanthe dont l’or et l’argent se détachent sur des fonds unis.

Le Second Empire introduit, grâce à la chromolithographie, la mode des étiquettes glacée, très coloriées, surchargées d’armoiries et de couronnes, alors que dans le dernier quart du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les événements d’actualité et les célébrations mobilisent l’inspiration créatrice des dessinateurs.

A l’époque, les mentions portées sur les étiquettes n’obéissaient pas à la même rigueur qu’aujourd’hui. Sur les plus anciennes, figure le lieu d’origine du vin sous différentes dénominations mettant en valeur ses qualités : Fleur de Bouzy, qualité exquise ; Fine fleur de Verzenay ; Œil de perdrix, vin impérial, Extra superior.

C’est vers les années 1850 qu’apparaissent les mentions de champagne, champagne mousseux et Tisane de Champagne.

Evolution graphique

La loi du 23 juin 1857 impose le dépôt des marques au greffe du Tribunal de Commerce. La constitution de registres permet de suivre l’évolution graphique des étiquettes et d’apprécier toute la variété des thèmes illustrés.

Parmi ceux-ci, les célébrités tiennent une petite place. L’effigie de têtes couronnées apparaissent comme celles de Louis-Philippe, Napoélon III, l’Impératrice Eugénie, ou la Reine Victoria. Les maisons s’honorent du prestige d’être le fournisseur officiel et breveté de familles royales. Se retrouvent également sur les étiquettes des personnages politiques comme le président de la République Sadi-Carnot, à l’occasion de sa visite dans la Marne en 1891.

Déjà, les vedettes de l’époque font parler d’elles en s’associant aux producteurs de champagne, à l’image de cantatrices (Emma Calvé et Jenny Lind), ou de Buffalo Bill lors de sa tournée en Europe.

Les étiquettes évoquent rarement la politique intérieure, car elle peut susciter des querelles peu propices au commerce. En revanche, elles privilégient les événements au retentissement international qui augurent bien de l’entente entre les peuples et de la concorde universelle ou, inversement, rassemblent toute une nation pour soutenir le moral des troupes.

Pour les grands événements

On retrouve donc des étiquettes d’un Champagne Franco-Russe, souvenir de la visite de l’escadre française à Cronstadt en juillet 1891 qui annonçait l’alliance entre la France et la Russie, ou encore des étiquettes pour les expositions internationales de Sydney en 1879 et de Melbourne en 1880, et un Champagne des Poilus 1914-1915.

La collection de la médiathèque d’Epernay recèle des étiquettes de cuvées spéciales visant des destinations lointaines : statue de la Liberté des cuvées Indepencia et Centenary Champagne, ou danse de peaux-rouge d’un dry Verzenay.

D’autres étiquettes cherchaient à séduire des clientèles plus locales en personnifiant (déjà) le graphisme et le nom des champagnes, à l’occasion d’événements particuliers comme des jubilés, des manifestations ou des associations. Pour l’anecdote, citons une étiquette "A la Renaissance", cuvée d’une maison close rémoise très prisée en son temps...

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