Les succès de la chanson et leur retour, 20 ou 30 ans plus tard10 avr. 2010 Daniel Lesueur
GAINSBOURG - X
« Ça s’en va et ça revient… comme une chanson populaire ! » chantait Claude François. Nombreuses, en effet, sont les chansons qui ont connu une seconde, voire une troisième carrière grâce à une réinterprétation. Survol (en plusieurs épisodes) de ce que nous pourrions qualifier de hits récurrents… Le DéserteurC'est le 15 février 1954 que Boris Vian écrit "Le Déserteur" affirmant avoir composé une chanson "pro-civile", et non pas anti-militariste. La censure ne l'entendit pas de la même oreille. Nulle autre chanson, sans doute, n'a connu autant d'avatars, avant d'être finalement reconnue et acceptée par tous. Songez qu'elle sera même enregistrée par le rassurant Richard Anthony ! Avant que le célèbre twisteur l'interprète, Vian l'a proposée à plus d'un chanteur connu. Personne n'ose interpréter ce brûlot... excepté Marcel Mouloudji. Le hasard veut qu’il l’interprète en public le jour même de la chute de Dien Bien Phu, évènement qui clôtura le chapitre de la guerre française d’Indochine. Le disque fut interdit le 15 juillet, bien que Mouloudji ait demandé à Vian d'adoucir certains passages : "Monsieur le Président" disparaît au profit de "Messieurs qu'on nomme grands"... La phrase "Ma mère est dans sa tombe, et se moque des vers" est supprimée. Enfin Mouloudji, qui est foncièrement anti-violent, demande de remplacer "Dites à vos gendarmes que je sais tirer.." par "Dites à vos gendarmes, que je serai sans arme, et qu'ils pourront tirer". Il faudra attendre l'interprétation de Serge Reggiani, en 1964, pour réhabiliter le texte original. Curieusement, ce sont des Américains (Peter, Paul and Mary, qui avaient déjà permis à Bob Dylan de sortir de l'anonymat) qui remettent la chanson au goût du jour, délivrant une version bilingue franco-anglaise... rapidement imités par les Sunlights, qui en font un gros tube en 1966, en pleine guerre, américaine cette fois, du Viêt-nam. Vian avait écrit “Refusez d’obéir, refusez de la faire, n’allez pas à la guerre”. Les Sunlights, eux, chantent : “Profitez de la vie, éloignez la misère, les hommes sont tous des frères”. Encore récemment, cette chanson faisait des vagues : une directrice d’école est redevenue quelques temps simple institutrice avant d’être, heureusement, réintégrée à son poste trois mois plus tard, pour avoir fait chanter Le Déserteur à ses élèves en 1999, le jour de la cérémonie commémorative du 8 mai 1945. Don't let me be misunderstoodNina Simone fut la première à commercialiser le titre en 1964 sans, hélas, obtenir grand succès. Elle enrageait d'entendre la version, pourtant fabuleuse, des Animals (n°3 en Angleterre, n°15 aux USA) reprise en français par Noël Deschamps (Je n'ai à t'offrir que mon amour). En 1977, Santa Esmeralda en propose une version disco. Et presque trente ans plus tard (décembre 2006), sous le nom de Yusuf, Cat Stevens, qui avait complètement disparu de la scène rock pour se consacrer à l'enseignement de l'Islam, reprend le titre de façon magistrale... et très personnelle : lui qui, jamais, n'avait chanté de titre écrit par autrui, s'en empare pour en délivrer une version pleine d'émotion. Vieille CanailleIl est bien rare que Gainsbourg n’écrive pas lui-même ses chansons. C’est pourtant le cas, en 1979, de La Marseillaise, Aux armes etc..., puis de Mon légionnaire et de Vieille Canaille, succès de 1931 pour l’Américain Louis Prima dont le titre original est You Rascal You. Gainsbourg l’enregistrera une seconde fois, en 1986, en duo avec Eddy Mitchell. Mon légionnaireEn 1932, Piaf rencontre son premier sérieux béguin. Elle a 17 ans, lui 18… Il se nomme Louis Dupont, mais tout le monde l'appelle P'tit Louis. Le garçon livreur lui fait un bébé. De leur brève union naît, en effet, en 1933, la petite Marcelle, prématurément disparue en 1935, victime d'une méningite. Après sa grossesse, Edith chante dans les cours d'immeubles et se produit également dans les casernes de l'agglomération parisienne. Elle s'entiche alors d'un beau militaire qui lui fournira l'inspiration de Mon amant de la Coloniale et de Mon Légionnaire qu'elle inscrit à son répertoire en 1937. Mais Edith, comme toute débutante, est loin d'être infaillible, et elle abandonne bientôt Mon Légionnaire, au profit de "Comme un moineau (à cause de Piaf, mot d’argot désignant le moineau). Dépité, Raymond Asso, qui l'a écrite, confie Mon Légionnaire à Marie Dubas (1894-1972). C'est alors qu'Edith réalise son erreur, se rétracte et réintègre Mon légionnaire à son répertoire (en dépit de ce semblant de concurrence, Marie Dubas et Edith Piaf deviendront les meilleures amies du monde). Serge Gainsbourg et l'Anglaise Ellen Folley en délivreront chacun leur propre version, tardive mais impressionnante. Hey JoeC’est l’histoire d'un homme qui fuit après avoir tiré sur sa femme à coups de revolver. Certains collectionneurs possèdent jusqu’à une centaine de versions différentes de ce titre (Byrds, Deep Purple, Ten Years After et même Bashung). En 1967, Johnny fut certainement impressionné par les versions des Leaves (n°40 aux USA), de Tim Rose et surtout de Jimi Hendrix (n°6 en Angleterre début 1967). Historiquement parlant, pourtant, c’est celle des Leaves qui fait référence (n°31 aux U.S.A. en 1966). Faut-il citer celles des Charlots (le parodique Hey Max ?). Mink Deville la replace au hit-parade en1993. Tous droits réservés Daniel Lesueur. Demandez l'autorisation de l'auteur avant toute reproduction sur Internet ou dans la presse traditionnelle.
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