Pink Floyd en livres, sa vie, son œuvre3 ouvrages sur le quatuor anglais sortent en librairies21 déc. 2009 Arnaud Devillard
La biographie de référence - DR
Il est assez facile de distinguer une biographie écrite par un Anglais ou un Américain et une autre écrite par un Français. L’Anglo-saxon commencera son livre par une anecdote, un événement emblématique, ouvrant nombre de pistes que le reste de son ouvrage s’emploiera à explorer. Le Français, lui, commencera par exposer son sujet, justifier le fait de s’y intéresser et indiquera le plan du livre. Autrement dit : « problématique-plan en deux parties-deux sous-parties » ! C’est exactement ce distinguo qui est à l’œuvre entre Pigs Might Fly du journaliste anglais Mark Blake et les livres de Jean-Michel Oullion d’un côté et Aymeric Leroy de l’autre. Pigs Might Fly, l’histoire cachée de Pink Floyd, de Mark Blake Journaliste à Mojo et Q, Mark Blake livre une véritable somme sur le groupe. Plus de 500 pages précises, documentées, où de nombreux témoins sont interviewés, mêlant faits et analyses dans un style fluide privilégiant la narration. L’ouverture du livre est un modèle du genre. L’auteur raconte, sur le ton du thriller, ce fameux concert du Live 8 où, le 2 juillet 2005, le bassiste Roger Waters et les trois autres membres, David Gilmour, Rick Wright, Nick Mason, se sont retrouvés sur scène après 20 ans de brouille et de sordides histoires légales et d’ego. Mark Blake restitue également avec soin l’univers estudiantin dont est issu Pink Floyd, entre Londres et Cambridge, nous replongeant dans tout une époque. Pink Floyd, plongée dans l’œuvre d’un groupe paradoxal, de Aymeric Leroy En 150 pages, Aymeric Leroy dissèque et analyse, chronologiquement, les 14 albums de Pink Floyd, deThe Piper at the Gate of Dawn (1967) à The Divison Bell (1994), deuxième disque sans Roger Waters qui avait voulu arrêter le groupe en 1985 (et rendu furieux par l’entreprise de Gilmour de continuer sans lui). Ce livre fourmille d’informations sur les enregistrements. Mais sait aussi être critique (notamment envers Ummagumma et The Wall). Il évoque même plusieurs fois les limites instrumentales des membres du groupe (en particulier du batteur), créant ce « paradoxe » que des musiciens moyens aient pu bâtir une telle œuvre. Petit bémol, le livre est parfois tellement analytique qu’il en devient froid. Avec quelques préciosités de style comme celle-ci, à propos des drogues : « Quoi que l’on pense à titre personnel de l’utilité d’y recourir, il est indéniable que leur apparition a joué un rôle largement positif dans l’instauration d’un contexte propice à des propositions musicales plus aventureuses ». Cet ouvrage est en tout cas un vade-mecum idéal, voire indispensable, pour aborder l’univers de Pink Floyd. Pink Floyd, magiciens, alchimistes et milliardaires, de Jean-Michel Oullion Cette édition revue et augmentée d’un livre paru en 2003 propose une approche hybride. D’abord 128 pages biographiques impeccables, d’une écriture enlevée, mais sans révélation pour les familiers du « Floyd ». Puis 110 pages consacrées aux disques. Tous les disques. Ceux du groupe, en studio, en concert, mais aussi les albums solos des cinq musiciens (Syd Barrett, le fondateur au destin tragique, et les quatre autres), traités de manière tout aussi détaillée. Y compris les DVD de David Gilmour, sur lesquels l’auteur s’attarde avec un délice évident. Une exploration passionnante de l’après-Pink Floyd. Il est aussi intéressant de comparer avec les analyses de Aymeric Leroy. Les deux auteurs ont par exemple une lecture différente de la morale de The Wall. L'ouvrage se termine par un inventaire alphabétique de collaborateurs, musiciens, producteurs et autres managers du groupe dont la carrière et les liens avec Pink Floyd sont retracés (de Bowie à Zappa en passant par le graphiste Storm Thorgerson). Autre bonne idée, l’inclusion d’encadrés, comme dans un article de presse, relatant une anecdote, éclairant sur le contexte historique, donnant une précision factuelle ou technique. Ce qui permet de ne pas alourdir le corpus principal. Avec tout cela, normalement, Pink Floyd et ses à côtés ne devraient plus avoir de secrets pour vous. Mark Blake, Pigs Might Fly, l’histoire cachée de Pink Floyd, Tournon, 2008, 520 pages, 29 euros Aymeric Leroy, Pink Floyd, plongée dans l’œuvre d’un groupe paradoxal, Le Mot et le Reste, 2009, 152 pages, 15 euros. Jean-Michel Oullion, Pink Floyd, magiciens, alchimistes et milliardaires, Editions Les Carnets de l’Info, 2009, 296 pages, 19 euros. Lire aussi: Une chanson: Shine on you crazy diamond Tous droits réservés Arnaud Devillard. Demandez l'autorisation de l'auteur avant toute reproduction sur Internet ou dans la presse traditionnelle.
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