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Sexe et rock'n'roll, de Wanda Jackson à Erykha Badu

12 avr. 2010 Daniel Lesueur

Jayne MANSFIELD - X
Jayne MANSFIELD - X
La route fut longue, du jupon au string. Car le rock est un monde de machos

Le rock est né au milieu des années 50… mais la rock’n’roll attitude, parfois involontaire, est bien plus ancienne. L’esprit rock –sexe, drogue, vitesse, excès- existait avant le rock lui-même. Ce n’est pas le rock qui a engendré la rock’n’roll attitude, mais plutôt le star system. L’extravagance, la débauche et la démesure, durant des millénaires, avaient été les privilèges des riches et des puissants. Mais avec la multiplication des médias, cette façon de vivre, jusqu’alors inconnue, séduisit le vulgaire quidam. Dès lors, comment pouvoir en jouir… et rapidement, sinon par le rock ? Qu’en quelques mois seulement un modeste camionneur (Elvis Presley) devînt le King était-il possible par le truchement de la littérature, de la sculpture ou de la peinture ? Difficile ! Seul le rock, avec ses paroles outrancières et ses rythmes hystériques, permettait de se faire un nom en deux minutes et trente secondes.

8e Art : le rock’n’roll ?

Ce fut d’abord le monde du cinéma qui s’empara de la nouvelle Babylone. Dès le début du vingtième siècle, le monde avait les yeux rivés sur Hollywood et sa vie de plaisir : malgré la prohibition, l'alcool coulait à flots. Et ne parlons pas de la drogue ! Et le monde du disque, à son tour, se mit à rêver de la grande vie. Ce fut réellement possible lorsque le vinyl et le microsillon reléguèrent le 78 tours au rang d’antiquité : avant la Première Guerre mondiale, on comptait en tout et pour tout un multimillionnaire du disque (Caruso)… Après la Seconde Guerre mondiale, ils se compteraient pas centaines. Et cette distinction ne resterait pas ad vitam aeternam strictement l’apanage du sexe fort. Pourtant, durant des lustres, le rock resta chasse gardée.

Pour une, une ! Wanda Jackson, combien d’inconnues ?

Pour une Brenda Lee vedette éphémère et une Peggy Lee dont on ne retient qu’un seul titre (« Fever »), combien de Ella Mae Morse (qui cessa d’enregistrer en 1957), Lula Reed (pour « Rock Love »), Lillian Briggs (qui, comme Elvis, conduisait des camions avant d’être connue), Dodie Stevens, Patsy Cline, Ella Johnson, Georgia Gibbs, Yvonne Lime (petite camarade de jeu d’Elvis en 1957) ont vu leur renommée confinée à une poignée d’Etats américains ? D’autres, qui avaient du coffre (Mamie van Doren ou Jayne Mansfield ont rapidement quitté le monde du rock’n’roll, trop fermé, pour exposer leurs talents dans les pages centrales des revues de charme. Sans complexe, les hommes multipliaient les conquêtes féminines, une liberté qu'on n'était pas près d'accorder au sexe faible. En 1963, dans "Surf City", Jan and dean chantaient Two girls for everyboy boy alors que l'inverse était impensable. Les filles devraient attendre au moins jusqu'en 1968 la fameuse woman's lib.

Et pas qu’aux USA !

En France, lorsque Magali Noël, muse de Vian, s’avisa de faire swinguer les paroles de Boris, leur « Fais-moi mal, Johnny » (1956) fut interdit à la radio car jugé trop osé ; il fallut attendre sa réutilisation en 1959 dans la B.O. du film Le Fauve est lâché pour découvrir le titre. Et dire que dix ans plus tard Gainsbourg chantait à Birkin Je vais et je viens / Entre tes reins

Un début d’émancipation

Les premières à s’approprier le rock (de manière durable, pas comme des Shangri-Las ou des Ronettes, qui n’ont enregistré qu’un ou deux tubes), furent, à plusieurs, les Supremes (quoi qu’on devinât dès le début que Diana Ross s’extrairait du trio), et individuellement Janis Joplin et Grace Slick car elles étaient de toute évidence « accompagnées par » (respectivement, Big Brother and the Holding Company et Jefferson Airplane). Il avait fallu dix ans pour admettre le fait que plusieurs et non plus une seule fille (Wanda Jackson) pouvaient faire du rock. La stratégie consistait ensuite, pour elles, à revendiquer leur féminité.

Ca prendrait encore un quart de siècle

Avant les Spice Girls, les rockeuses étaient vues comme le jouet de… leur mari, leur manager ou leur producteur. Les Spice Girls décrètèrent le Girl power, nouveau mode de pensée féministe selon lequel, dixit Wikipedia, « une femme peut être indépendante et libérée tout en s'habillant de manière sensuelle, ou même sans s'habiller du tout ». Ce que fit Erykha Badu qui se dénude entièrement dans son dernier clip. Lorsqu’on fait les comptes… 1956-2010 : il avait fallu 54 ans pour qu'une chanteuse pop-rock expose intégralement sa féminité ! CONT 9

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